Sagesse de l'écriture chinoise ancienne

 

  L'écriture chinoise est particulière car elle n'utilise pas un alphabet en lettres limitées mais d'innombrables caractères qui sont à la fois idéogrammes, pictogrammes et idéophonogrammes..
Plus qu'une écriture, les caractères chinois sont forts énergétiquement et chargés en informations impossibles à retranscrire dans d'autres écritures car on y retrouve les concepts du Yin Yang, 5 mouvements (éléments), 8 trigrammes, etc Il y a par exemple des caractères chinois avec la clef du bois, feu, terre, métal, eau, etc
Comme tout le monde le sait, la traduction est une interprétation voire une dégradation, et c'est encore plus le cas de la traduction du chinois aux écritures occidentales avec des alphabets car on perd toute la beauté et la magie du chinois.

En ce qui concerne la médecine chinoise et les spiritualites daoistes et confucianistes, le chinois moderne ne suffit pas, il faut connaître non seulement le chinois ancien et l'écriture traditionnelle mais aussi les premières formes d'écritures pour aller aux origines des caractères et de leurs sens.

 

Il y a eu plusieurs formes d'écritures chinoises selon les dynasties et les régions de Chine mais avec des changements progressifs et des fois plusieurs écritures utilisées lors d'une même dynastie:
- dynastie des Yin Shang 殷商 (env. 16ème siècle - 11ème siècle avant J.C.) Jia Gu Wen  甲骨文, c'est la première forme d'écriture primitive sur carapaces de tortues et omoplates d'animaux utilisés par les premiers shamans;
- dynastie des Zhou 周 (env. 11ème siècle - 221 avant J.C.) écriture Jin Wen 金文, c'est la période et l'écriture des grands sages chinois comme Lao Zi, Zhuang Zi, Kong Zi (Confucius), Meng Zi, etc;
- dynastie des Qin 秦 (221 - 207 avant J.C.) écriture Xiao Zhuan 小篆;
- dynastie des Han 汉 (206 avant J.C. à 220 après J.C.) écriture Li Shu 隶属.

 

Les écritures avant la dynastie des Qin: Jia Gu Wen (des Yin Shang), Jin Wen ( des Zhou) et Xiao Zhuan (des Qin) sont des caractères chinois avec beaucoup idéogrammes, surtout pour les Jia Gu Wen dont certains ressemblent à des hiéroglyphes. Les daoistes et les shamans disent que ces trois premières formes d'écritures (Jia Gu Wen, Jin Wen et Xiao Zhuan) sont très forts en énergies et informations (surtout les Jia Gu Wen), ils peuvent soigner des maladies et protèger des habitats (Feng Shui). Les graphies venant après la dynastie des Qin ont déjà beaucoup perdu en vibrations.

 

L'Empereur Qin ShiHuang (259 - 210 avant J.C.) a été le premier unificateur de la Chine, il a entre autre unifié les différentes écritures chinoises mais aussi brulé 90% des livres de la haute antiquité chinoise. Heureusement que certains livres ont été protégé secrètement par la population et que d'autres ont été retrouvé grâce à l'archéologie du siècle dernier.

La dynastie chinoise suivant les Qin, les Han, a cherché pendant 400 ans à restaurer l'autodafé de l'Empereur Qin ShiHuang, c'est pour cela que les chinois s'appellent aujourd'hui les Han qui compose 92% de la population chinoise actuelle, le reste sont 55 ethnies minoritaires.

Si on veut étudier en profondeur la médecine chinoise ainsi que les spiritualites daoistes et bouddhistes, les caractères traditionnels ne sont pas suffisants. Il faut aussi apprendre les premières graphies et surtout la graphie primitive Jia Gu Wen qui contient des clefs pour décoder des notions dures à comprendre. La bonne nouvelle pour les occidentaux, c'est que comme vu plus haut, cette graphie primitive des Jia Gu Wen sont des idéogrammes très imagés et assez intuitifs. C'est pour cela que dans mes formations en Yi Jing (Classique des Changements), Dao De Jing et médecine chinoise, les graphies primitives des Jia Gu Wen ont une place très importante, permettant ainsi de se rapprocher de l'esprit des anciens chinois.

Pour connaître le sens ancien des caractère chinois, il faut aussi étudier le premier dictionnaire chinois《Shuo Wen Jie Zi》《说文解字》écrit par Xu Shen 许慎 (58 – 147 après J.C) , un livre incontournable pour toute recherche étymologique.
Cependant, si Xu Shen a eu accès à des documents que nous n'avons pas, il n'avait pas accès à la première forme d'écriture primitive que fut que les Jia Gu Wen car ils ont été découvert seulement en 1899. Ainsi, il a clairement interpreté le sens de quelques caractères en fonction du savoir de son époque.

Ensuite, les caractères ont encore évolué mais de façon beaucoup moins flagrante gardant une certaine stabilité pendant environ 2000 ans. L'écriture utilisée pendant ces deux millénaires est l'écriture traditionnelle avec quelques différences de styles topographiques selon les dynasties. Cette écriture traditionnelle est encore en vigueur au Japon, à Tai Wan, à Hong Kong et certaines écoles chinoises (Université de Beijing, etc) très investies dans la culture traditionnelle chinoise. Mais globalement en Chine, il y a eu une réforme de l'écriture en 1958 qui a simplifié 515 caractères chinois. La raison était de lutter contre l'illettrisme et de simplifier l'apprentissage des caractères chinois et donc l'accès à l'éducation au plus grand nombre.

Cependant, cette simplication des caractères a détruit une partie des messages des anciens chinois.

 

Voici deux exemples de caractères chinois.

 

Amour ài


Amour en écriture traditionnelle

On y voit deux mains et un coeur au milieu.

 


Amour en écriture simplifiée

Les deux mains sont toujours là, mais le coeur a disparu dans la simplification.

 

 

Organe zāng


Organe en écriture traditionnelle

On y voit à gauche la clef de la chair (et de la lune), la clef de l'herbe en haut, et le caractère chinois cáng 藏 qui veut dire caché, faisant référence à l'essence de l'énergie qui est contenue. En effet, la médecine chinoise est une médecine énergétique.

 


Organe et sale en écriture simplifiée

On y voit à gauche toujours la clef de la chair (et de la lune) mais à droite la clef ce qui est vaste et à l'intérieur le caractère terre, ce qui a sa logique mais ce caractère simplifié d'organe a aussi le sens de sale. N'est-ce pas triste que le caractère qui veut dire organe veut dire aussi sale ?

 

L'apprentissage de l'écriture traditionnelle est donc important, mais ce n'est pas tout. Les premières écritures sont aussi importantes si on veut se rapprocher de la sagesse des anciens chinois, notamment l'écriture primitive Jia Gu Wen sur carapaces de tortues et omoplates d'animaux.

 

Analysons deux autres caractères chinois pour voir leurs évolutions de sens.

 

Wéi  wèi 为
Différents sens: agir, faire, devenir, être, servir, pour, afin de...

Avec le caractère Wu 无 avant il forme le concept daoiste de Wu Wei  无为 (non agir ou non interférence).


Jia Gu Wen

Dans cette graphie primitive des Jia Gu Wen, on y voit une main à gauche et un éléphant à droite donnant l'idée d'agir, de faire quelque chose d'assez dur comme le dressage d'un éléphant.
Petite parenthèse pour les initiés: l'éléphant était dans les anciens chinois le plus grand être vivant (car il ne connaissait pas les dinosaures déjà disparus ni les baleines trop éloignées). L'éléphant était donc le plus grand animal connu, la plus grande forme visible 大象, c'est pour cela qu'il a aussi le sens de phénomène comme on le retrouve dans le Yi Jing (Classique des Changements) et le Daoisme. Et donc quand Lao Zi parle de Wu Wei cela ne signifie pas de rien faire mais ne pas agir (sur les phénomènes qui nous dépassent) avec l'intention humaine contre la nature. On ne peut que lâcher prise (la main sur l'éléphant ou le phénomène qui nous dépasse) pour observer, écouter et surtout suivre les phénomènes de la nature soumis aux lois du cosmos.

 


Xiao Zhuan

Xu Shen auteur du premier dictionnaire chinois 《Shuo Wen Jie Zi》donne pour le caractère Wei la définition suivante: "mère singe" "爲, 母猴也", on passe donc de l'éléphant à la mère singe dans le sens de guenon maternelle. Une preuve flagrante d'un glissement de sens à cause des différences de transcriptions à travers les siècles. 

 


Ecriture traditionnelle

Ecriture traditionnelle (avant la réforme de l'écriture de 1958 et qui existe encore au Japon, à Hong Kong, àTai Wan et certaines écoles traditionnelles chinoises). Là on ne voit plus ni l'éléphant ni la mère singe et donc déconnection totale avec le sens originel.


Ecriture simplifiée

Ecriture simplifiée telle que les chinois l'écrivent aujourd'hui.

 

 

Gèn 亘  
Sens: continu sans interruption dans le temps et l'espace.
 
 


Ecriture moderne

亘 il y a en haut le ciel et en bas la terre, au milieu un carré avec un trait au centre qui ressemble au caractère soleil 日 ri.


Xiao Zhuan

En regardant la graphie ancienne du Xiao Zhuan, en bas et en bas il y a toujours le ciel et la terre. Cependant, au milieu ce n'est plus le caractère soleil mais une spirale donnant l'idée de continuité infinie. On retrouve le concept de spirale en médecine chinoise, Qi Gong et Tai Ji Quan donnant l'idée que l'énergie circule avec fluidité. On retrouve aussi les spirales dans beaucoup de phénomènes naturels comme dans les tourbillons, les vortex et les galaxies.

Les spirales des galaxies n'étaient pas observables à l'époque de la Chine ancienne, les intellectuels rejettent donc cette analogie. Mais dans la tradition daoiste, on observe avec son coeur et non ses yeux, il s'agit donc pas d'une observation occulaire mais d'un ressenti des lois cosmiques en spirales et qui sont utilisées concrètement en médecine et dans les arts énergétiques chinois.

 

Si vous aimez la culture traditionnelle chinois et que vous voulez aller en profondeur dans votre pratique médicale, spirituelle, énergétique et martiale, je vous conseille vivement d'apprendre l'écriture traditionnelle et les premières écritures dont l'écriture primitive Jia Gu Wen. Elles contiennent l'essence de la sagesse des anciens chinois. Bienvenus au coeur de la tradition chinoise.

 

Copyright © 2015 Lokmane Benaicha.
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